
Éducation de la petite enfance ?
L’éducation de la petite enfance (EPE) constitue la première étape du continuum de l’apprentissage tout au long de la vie. Elle s’adresse aux enfants depuis la naissance jusqu’à l’âge de la scolarité obligatoire. Dans la majorité des cantons et selon la définition classique, la petite enfance couvre la période allant de la naissance jusqu’à 4 ans1. Elle a pour objectif de favoriser le développement global des jeunes enfants, en soutenant activement leurs capacités physiques, cognitives, sociales et émotionnelles. Elle se déroule dans une diversité de contextes : 1) informels (le plus souvent au sein du milieu familial) ; 2) formels et collectifs : par le biais de structures d’accueil et d’institutions (crèches, écoles, centres communautaires ou dispositifs à domicile). Cette dernière forme de prise en charge en groupe est encadrée par un personnel professionnel et salarié, sans lien de parenté ou de solidarité directe avec les enfants concernés.
L’EPE est le parent pauvre des politiques éducatives, et pourtant…
… Si elle est de qualité et inclusive, l’EPE peut constituer un pilier fondamental pour les individus et la société. Cela a été largement documenté aux niveaux international et helvétique avec des arguments scientifiques, sociaux, économiques et juridiques convergents.
1. Des fondements neuroscientifiques cruciaux
La recherche scientifique confirme que la petite enfance est la phase de croissance et de transformation la plus rapide de l’existence humaine.
- Bases de l’apprentissage : Seules les connexions utilisées régulièrement se renforcent, tandis que les autres s’affaiblissent ou disparaissent. Les expériences précoces façonnent ainsi l’architecture du cerveau, particulièrement dans les domaines du langage et des chiffres où il est le plus performant durant les trois premières années.
- Plasticité cérébrale et densité synaptique : Le développement du cerveau est extrêmement actif entre 0 et 3 ans, avec des connexions neuronales se multipliant au rythme de 700 à 1 000 par seconde. À cet âge, un enfant possède environ deux fois plus de synapses qu’un adulte.
2. Un levier majeur pour l’égalité des chances
L’éducation de la petite enfance est considérée comme un puissant égalisateur social.
- Compensation précoce des disparités : Les écarts de développement liés au milieu socio-économique sont déjà marqués lors de l’entrée à l’école enfantine et sont souvent impossibles à combler par la suite sans intervention précoce.
- Intégration et inclusion : C’est un vecteur essentiel pour l’intégration des enfants issus de la migration, notamment par l’apprentissage de la langue régionale, et pour l’inclusion des enfants en situation de handicap.
- Soutien à la parentalité : Ces lieux renforcent les compétences des parents, préviennent l’isolement social des familles et favorisent la cohésion sociale.
- Détection précoce : Le cadre collectif facilite le repérage précoce de difficultés de développement ou de situations de vulnérabilité, permettant une intervention plus efficace et moins coûteuse.
3. Un catalyseur essentiel pour la cohésion sociale et citoyenneté
Reconnaître ce droit signifie passer d’une vision de « simple garde » à une mission de service public. L’accueil préscolaire constitue une véritable « école de vie ».
- Vivre-ensemble : Les structures d’accueil offrent aux enfants l’opportunité de découvrir la diversité, de négocier des règles collectives et de développer des valeurs démocratiques. L’empathie et la solidarité, éléments fondamentaux pour leur avenir, sont ainsi cultivées.
- Détenteur de droits : Les enfants sont des sujets de droit et des acteurs sociaux compétents participant à leur propre éducation dès la naissance.
- Valeur intrinsèque : L’éducation de la petite enfance a une valeur pour le présent de l’enfant (bien-être, droit au jeu et à la socialisation) et non seulement comme préparation au futur statut d’adulte.
4. Une rentabilité économique et sociale prouvée
L’argument économique devrait finir de convaincre les plus réticent-es : ce secteur est reconnu comme l’un des investissements les plus rentables .
- Retour sur investissement : Selon l’économiste James Heckman, chaque dollar investi dans des programmes de qualité peut rapporter entre 4 et 13 dollars. En Suisse, des études estiment que chaque franc investi génère des économies de l’ordre de 8 à 16 francs à long terme.
- Économies futures : Une EPPE de qualité réduit les coûts ultérieurs liés au soutien scolaire, à l’aide sociale, au système de santé et à la délinquance.
- Participation au marché du travail : Elle facilite la conciliation entre vie familiale et professionnelle, permettant aux parents, et particulièrement aux mères, d’augmenter leur taux d’activité et leurs revenus.
Sources
- Alliance Enfance – 2025 – Cadre d’orientation pour l’éducation de l’enfance : Référentiel national pour la qualité du travail pédagogique avec les enfants de zéro à douze ans
- Commission suisse pour l’UNESCO – 2019 – Instaurer une politique de la petite enfance : Un investissement pour l’avenir
- OCDE – Éducation et accueil de la petite enfance
- OCDE – 2023 – L’enfance et l’inégalité des chances
- Right to Education Initiative – Education et Protection de la Petite Enfance
- UNESCO – 2024 – Projet de principes directeurs sur le droit à l’éducation et à la protection de la petite enfance
- UNESCO – 2024 – Ce qu’il faut savoir sur l’éducation et la protection de la petite enfance
- UNICEF – 2023 – Early Childhood Education: Open-source advocacy resources and tools
- Cette phase s’achève avec l’entrée de l’enfant dans le premier cycle de l’école obligatoire, soit l’école enfantine ou la 1P selon le concordat HarmoS, fixée généralement à l’âge de 4 ans révolus au 31 juillet. (Commission suisse pour l’UNESCO – 2019 – Cadre d’orientation pour la formation, l’accueil et l’éducation de la petite enfance en Suisse) ↩︎