Education & Vivre Ensemble via la Musique

Le projet EVEM (Education & vivre-ensemble via la musique) s’adresse aussi bien aux familles qu’aux professionnel-les de l’éducation qui encadrent des enfants et des jeunes en Suisse romande, que ce soit en milieu scolaire, préscolaire ou parascolaire. Face aux défis contemporains, le projet fait le pari d’utiliser la musique comme puissant levier pédagogique pour favoriser le vivre-ensemble. 

Le vivre-ensemble, c’est la capacité d’individus et de groupes sociaux divers de coexister de manière pacifique, juste et solidaire au sein d’un même milieu naturel, dont elles/ils prennent soin

Les individus et les groupes sociaux qui savent vivre-ensemble :

  • reconnaissent la dignité de chacun-e ;
  • construisent des relations sociales fondées sur le dialogue, la coopération et l’égalité des droits ; 
  • reconnaissent leur interdépendance avec les autres êtres vivants et les milieux naturels et la nécessité d’en prendre soin

Plutôt qu’une absence de conflit, le vivre-ensemble vise une paix positive, fondée sur la justice sociale, la coopération, la confiance et la reconnaissance mutuelle. La diversité —culturelle, sociale, linguistique, cognitive, écologique— y est considérée comme une ressource qui enrichit les relations et renforce la cohésion.

Le vivre‑ensemble ne peut être réduit à un idéal consensuel ou à une injonction à l’harmonie. Il nécessite de reconnaître les tensions, les conflits et les rapports de pouvoir qui traversent les sociétés humaines et leurs relations avec la nature. Il appelle à des transformations profondes —sociales, politiques, économiques et écologiques— capables de répondre aux défis des sociétés contemporaines.

Dans une société en pleine mutation, le vivre-ensemble ne va plus de soi. Le projet EVEM répond à quatre constats majeurs observés :  

  1. Une cohésion sociale fragilisée par le rejet de l’autre : Bien que la Suisse soit profondément multiculturelle (4 personnes sur 10 issues de la migration), on observe depuis 2020 une hausse des attitudes xénophobes et une prolifération inquiétante de mouvements de jeunesse d’extrême droite (néonazis, masculinistes) qui menacent le vivre-ensemble.
  2. L’éco-anxiété d’une jeunesse face à l’urgence climatique : La Suisse étant particulièrement exposée au réchauffement climatique (canicules, fonte des glaciers), les jeunes développent une forte éco-anxiété. L’enjeu éducatif est de transformer ce sentiment d’impuissance en capacité d’agir (empowerment) à travers des projets collectifs liés à la sobriété et à la transition écologique.
  3. Des violences croissantes dans les espaces éducatifs : Le harcèlement entre pairs constitue une violence interpersonnelle directe qui prend une ampleur alarmante : en Suisse, 13 % des jeunes de 15 ans déclarent en être victimes plusieurs fois par mois. Ce phénomène de harcèlement et de cyberharcèlement dégrade fortement le sentiment de sécurité dans les espaces éducatifs, marginalisant les enfants ciblés et détruisant la confiance nécessaire à la cohésion d’un groupe.
  4. Les inégalités structurelles : précarité sociale et stéréotypes de genre : à la différence du harcèlement, la pauvreté et les biais de genre sont des freins systémiques et insidieux. Avec 1 enfant sur 6 menacé de pauvreté en Suisse, une partie de la jeunesse est exclue d’activités fondatrices du lien social (sport, culture). En parallèle, les stéréotypes de genre continuent de dicter les trajectoires professionnelles et de rendre l’espace public ou éducatif inégalitaire. Ces fractures rendent impossible la construction d’un destin commun et d’un véritable sentiment d’appartenance.

La puissance de la musique sur l’humain est incontestable, mais ses bienfaits sociaux et éducatifs, en particulier en faveur du vivre-ensemble, sont loin d’être automatiques. Afin de libérer toute la puissance de la musique en faveur de l’éducation au vivre-ensemble, la pratique musicale, elle, doit être orientée par des principes pédagogiques désormais clairement établis par la recherche.

Les principes pédagogiques EVEM sont des directives fondamentales susceptibles de guider les pratiques éducatives mobilisant la musique, pour faire en sorte que celles-ci deviennent un levier du vivre ensemble. C’est sur la base de ses principes que des activités pédagogiques seront proposées par EVEM.

EVEM se matérialise à travers 8 principes pédagogiques associés à des compétences utiles au vivre-ensemble pouvant être développées par les participants. Les principes pédagogiques sont organisés en 4 axes.

PRINCIPE PÉDAGOGIQUECOMPÉTENCES UTILES AU VIVRE-ENSEMBLE
1. Faire de l’écoute musicale un apprentissage de l’écoute de l’autre
La pratique musicale développe l’attention, la réceptivité et la capacité à entendre des voix différentes sans les réduire. Elle devient un entraînement concret à l’écoute active, indispensable au vivre‑ensemble.– Comprendre et reconnaître différents points de vue, émotions et intentions.
– Ajuster son jeu musical en fonction des autres.
– Développer l’écoute empathique et la capacité à accueillir la différence.
2. Transformer les conflits par la médiation artistique
La musique offre des formes d’expression non violentes, symboliques et sensibles qui permettent de canaliser les tensions, de les rendre discutables et de les transformer en création collective.– Identifier les tensions dans un groupe et y répondre de manière constructive. 
– Utiliser la musique comme médiation symbolique ou expressive. 
– Transformer les désaccords en opportunités de création.

PRINCIPE PÉDAGOGIQUECOMPÉTENCES UTILES AU VIVRE-ENSEMBLE
3. Cocréer pour apprendre la coopération
Jouer, chanter ou improviser ensemble exige coordination, ajustement, négociation et entraide. La musique devient un espace où la coopération n’est pas un discours, mais une expérience vécue.– Coordonner ses actions avec celles du groupe. 
– Contribuer à une création collective sans dominer ni s’effacer. 
– Négocier, ajuster, proposer et accepter des compromis.
4. Développer une citoyenneté active par la participation artistique
La musique engage le corps, la voix et la créativité. Elle permet à chacun-e de contribuer, de prendre sa place, de s’exprimer et de participer à la vie collective, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance. La pratique musicale peut devenir un sanctuaire pour les identités fragilisées, permettant de suspendre les stigmates, d’explorer d’autres possibles et de renforcer la confiance en soi et en les autres.– Développer une présence active dans le groupe.
– Prendre des responsabilités dans un projet artistique commun. 
– Oser s’exprimer musicalement et verbalement dans un cadre sécurisé.

PRINCIPE PÉDAGOGIQUECOMPÉTENCES UTILES AU VIVRE-ENSEMBLE
5. Valoriser la diversité des voix, des cultures et des esthétiques
Les répertoires, instruments, traditions et pratiques musicales incarnent la pluralité des mondes. Les intégrer permet de reconnaître la diversité comme ressource et de lutter contre les hiérarchies culturelles.– Reconnaître et valoriser des esthétiques musicales diverses. 
– Comprendre les contextes culturels, sociaux et historiques des pratiques musicales.
6. Articuler les savoirs musicaux avec une écologie des savoirs
La musique permet de croiser savoirs académiques, populaires, autochtones, numériques et sensibles. Elle devient un terrain privilégié pour dépasser les hiérarchies de savoirs et reconnaître leur pluralité.– Articuler savoirs académiques, populaires, autochtones et numériques.
– Déconstruire les hiérarchies esthétiques et culturelles pour valoriser la pluralité des savoirs musicaux.
– Pratiquer un dialogue interculturel authentique en dépassant le tokénisme et l’appropriation musicale.

PRINCIPE PÉDAGOGIQUECOMPÉTENCES UTILES AU VIVRE-ENSEMBLE
7. Éveiller une relation sensible au vivant par l’écologie sonore
La musique ouvre à une relation sensible au vivant : sons de la nature, rythmes du monde, attention aux environnements acoustiques. Elle soutient une pédagogie du soin, de l’interdépendance et de l’habiter‑ensemble.– Développer une conscience des environnements sonores naturels. 
– Comprendre l’interdépendance entre humains, milieux et autres êtres vivants. 
– Pratiquer l’écoute inclusive et la réceptivité. 
8. Pratiquer l’éthique du recyclage à travers une organologie éco-responsable
La musique s’incarne dans des objets physiques : les instruments. L’organologie se réinvente aujourd’hui par l’utilisation de matériaux recyclés et de réemploi. Ainsi, le « déchet » n’est pas une fin, mais une matière en transition capable de redevenir une source de vibration et d’harmonie.– Transformer le rebut en vecteur de lien 
– Prendre conscience de l’empreinte écologique
– Pratiquer l’ingéniosité et la sobriété heureuse